Le mystère de la région du Lac-Saint-Louis

Les Lions du Lac-Saint-Louis ont produit beaucoup de joueurs de la LNH au fil des années. (PHOTO : TWITTER-LIONS DU LAC ST-LOUIS)
 

Chronique de Martin Leclerc

(RADIO-CANADA Sports / 2020-11-24)

C’est un phénomène trop évident pour qu’il s’agisse d’une banale anomalie statistique.

La saison dernière, 39 hockeyeurs québécois détenaient un poste permanent dans la LNH. Et sur ces 39 joueurs, plus du quart (10, soit 25,6 % du groupe) avaient porté les couleurs des Lions du Lac-Saint-Louis dans la Ligue de hockey midget AAA.

En matière de développement de joueurs, les Lions se situent dans une autre ligue par rapport 14 autres formations de la Ligue midget AAA. Le Séminaire Saint-François, de la région de Québec, a vu quatre de ses anciens porte-couleurs accéder à la LNH, ce qui lui vaut le deuxième rang au Québec. Cinq autres programmes, le Collège Antoine-Girouard (devenu les Gaulois de Saint-Hyacinthe), l’Intrépide de Gatineau, les Estacades de la Mauricie, le Collège Charles-Lemoyne et le Collège Notre-Dame, ont vu trois de leurs représentants se tailler une place dans la ligue de hockey la plus compétitive de la planète.

Chose certaine, l’impressionnant succès des hockeyeurs du Lac-Saint-Louis ne s’explique pas d’un simple point de vue démographique.

Cette région constitue le quatrième bassin de joueurs de la fédération. On y dénombrait la saison dernière 8250 joueurs masculins à partir du niveau initiation jusqu’à la catégorie midget. À titre comparatif, la région de Québec/Chaudière-Appalaches comptait 10 562 joueurs, tandis que les régions du Richelieu et de Laurentides-Lanaudière avaient respectivement 10 276 et 10 069 joueurs licenciés.

Aucune de ces trois dernières régions n’a produit plus de trois joueurs permanents de la LNH. Si l’on part du principe voulant que le talent soit réparti de façon égale dans l’ensemble de la société, on peut raisonnablement émettre l’hypothèse que la région du Lac-Saint-Louis applique une recette différente de ce qui se fait ailleurs.

 

Pour y voir plus clair, je me suis longtemps entretenu avec Jon Goyens et Gerry Gomez.

Le premier a été l’entraîneur des Lions pendant une décennie, avant de faire le saut dans la LHJMQ en 2019. Pour sa part, Gomez a succédé à Goyens à la barre des Lions après avoir été son adjoint durant plusieurs saisons. Auparavant, Gomez avait aussi passé plusieurs années au sein de la structure de développement du Lac-Saint-Louis, notamment à titre de directeur technique.

Quand on leur demande d’expliquer les succès de leurs anciens joueurs, Jon Goyens et Gerry Gomez répondent spontanément qu’ils sont attribuables à la culture de développement et de mentorat qui s’est installée, à tous les niveaux, au sein de l’organisation des Lions.

« Chez les Lions, on a toujours voulu tisser des liens avec nos joueurs dans les années précédant leur arrivée avec notre équipe. Et on a toujours voulu préserver ces liens avec nos joueurs après les avoir dirigés », explique Jon Goyens.

Depuis plus de 10 ans, le personnel technique des Lions, notamment composé du directeur technique Karl Svoboda, du DG Erasmo Saltarelli, de Goyens et de Gomez, se donne la peine d’organiser des écoles de hockey pour les plus jeunes joueurs de la région.

Durant la saison, le personnel technique des Lions anime aussi des entraînements d’équipes du hockey mineur, participant ainsi simultanément à la formation des entraîneurs de leur structure et au développement des joueurs qui constitueront la relève.

« Il n’y a pas beaucoup d’équipes midget AAA qui font cela », lance Jon Goyens.

« Le développement des habiletés individuelles est le pain et le beurre des gens de hockey du Lac-Saint-Louis, renchérit Gerry Gomez. On commence à enseigner ces notions à nos joueurs en bas âge et on tente de leur inculquer la responsabilité de leur propre développement. On s’efforce aussi de maintenir un environnement compétitif dans les entraînements ainsi que la notion de plaisir. »

 

Durant ces deux passionnants entretiens, j’ai été particulièrement impressionné par la place prépondérante qu’occupe la notion de mentorat dans l’organisation des Lions. Quand on y pense, c'est un outil de développement important, qui a fait l’objet de nombreuses études dans une foule de domaines, mais qu’on utilise généralement très peu dans les programmes sportifs mineurs.

« C’est extrêmement important, le mentorat. Et pour cela, 100 % du crédit revient à Jon Goyens. Il a été là pendant 10 ans et c’est lui qui a créé ce mouvement d’implication de nos anciens joueurs. Il a été primordial là-dedans », souligne Gerry Gomez.

En matière de mentorat, les réflexes sont en quelque sorte devenus automatiques du côté des Lions du Lac-Saint-Louis.

À titre d’exemple, à la fin du mois d’octobre, Hockey Canada a annoncé qu’un ancien gardien des Lions, Devon Levi, faisait partie des invités au camp d’entraînement d’Équipe Canada junior. Or, le soir même, Levi était en visioconférence avec les joueurs de l’édition actuelle des Lions. Il a ainsi pu leur raconter son cheminement et répondre à leurs questions.

« Durant l’été, nous avons toujours des anciens du programme, comme Jonathan Drouin, Alex Killorn, Anthony Duclair et Michael Matheson, qui reviennent s’entraîner avec nous et qui côtoient nos joueurs sur la patinoire. Au début de notre camp midget AAA, je me souviens d’avoir invité quelques-uns de nos anciens qui jouaient dans la LNH à revêtir leur équipement et à participer à nos entraînements. Et on leur demandait spécifiquement d’intervenir auprès des plus jeunes pour apporter des correctifs. »

« Les jeunes développent ainsi un plus grand lien de confiance envers notre démarche », fait valoir Jon Goyens.

 

De fil en aiguille, plusieurs autres professionnels qui s’entraînaient à Montréal, comme Jakub Voracek, Jiri Hudler et Max Pacioretty, entre autres, ont commencé à graviter dans l’entourage des Lions.

« Je me rappelle, il y a deux ou trois étés, que notre équipe technique entraînait un petit groupe de joueurs atome et pee-wee sur un côté de la patinoire et un petit groupe de joueurs de la LNH de l’autre côté. »

« Les exercices des joueurs des deux groupes étaient presque identiques. Les professionnels regardaient aller nos joueurs pee-wee, et ils étaient très impressionnés. On leur a expliqué que les enfants faisaient ces exercices depuis l’âge novice et que les mouvements, complexes, étaient désormais imprégnés dans leur mémoire musculaire. Les pros semblaient se dire qu’ils auraient aimé commencer à faire ces apprentissages à 7 ou 8 ans », raconte Gerry Gomez.

Lors des camps printaniers, les Lions font aussi appel à d’anciens joueurs, même si ces derniers ne font pas carrière au hockey, pour contribuer au développement de la nouvelle cuvée.

« Les joueurs finissent par se lasser de toujours entendre la voix des entraîneurs. C’est inévitable. Les anciens joueurs contournent ce problème en devenant l’écho de la voix des entraîneurs. Les plus jeunes se disent que les consignes doivent être importantes si les anciens s’en souviennent 7 ou 10 ans après leur passage dans l’équipe », précise Jon Goyens.

 

Outre l’importance accordée au développement technique et au mentorat, il y a aussi d’autres facteurs non négligeables qui différencient le programme des Lions du Lac-Saint-Louis de ce qui se fait ailleurs au Québec.

À titre d’exemple, les joueurs des Lions ne fréquentent pas tous la même école et ne font pas tous partie du même programme sport-études.

« Le fait de rassembler tous les joueurs sous le toit de la même école est très populaire au Québec et dans le monde du soccer, notamment. Mais ce n’est pas possible de le faire au Lac-Saint-Louis en raison de la dualité linguistique. Il y a des joueurs qui étudient en français ou en anglais. Il y a aussi des familles qui préfèrent envoyer leur enfant dans un établissement privé plutôt que public. Enfin, nous avons aussi une dynamique école secondaire versus cégep. Parce que contrairement à la plupart des autres organisations, nous encourageons nos joueurs à jouer midget AAA à 17 ans si c’est préférable pour leur développement », révèle Jon Goyens.

« Je pense que le fait de ne pas tous fréquenter la même école aide nos joueurs à mener des vies plus équilibrées. Il y a un aspect social important à cela. Ils ont des amis qui font autre chose que jouer au hockey. Aussi, il y a la cohérence du message qui est importante. Si tu dis aux joueurs et à leur famille que les études sont importantes, mais que tu les forces à choisir une école qui n’est pas nécessairement la meilleure de la région, ce n’est pas cohérent à mes yeux. »

Le gardien Devon Levi est l’un des récents joueurs des Lions à avoir passé trois ans dans la Ligue midget AAA. Il a ensuite joué dans une ligue junior A ontarienne avant de faire le saut avec l’Université Northeastern, dans la NCAA.

Le défenseur Jeremy Davies, qui se trouve dans l’organisation des Predators de Nashville, a suivi un chemin semblable, en passant par une ligue junior américaine avant d’aboutir à Northeastern.

« Les Lions du Lac-Saint-Louis ne tournent pas le dos aux joueurs de 17 ans parce que tout le monde ne se développe pas au même rythme. Le hockey est un sport à développement tardif. L’âge moyen d’une recrue dans la LNH est de 23 ans », rappelle Jon Goyens.

L’autre facteur qui différencie beaucoup le Lac-Saint-Louis des autres régions du Québec, c’est que depuis toujours, deux avenues claires s’offrent aux joueurs qui terminent leur stage midget AAA avec les Lions : le hockey junior ou la route des collèges américains.

« On nous a souvent accusés d’encourager nos joueurs à partir pour les États-Unis au lieu d’opter pour le junior majeur. La vérité, c’est que l’on conseille aux joueurs et aux familles de choisir la meilleure option à leurs yeux. Et nous avons d’anciens joueurs qui s’offrent pour partager leur vécu. »

« Ceux qui disent que nous favorisons l’une ou l’autre option oublient qu’il y a constamment d'anciens joueurs des Lions qui portent une lettre sur leur chandail ou qui font partie d’une équipe gagnante dans la LHJMQ », indique Jon Goyens.

« On ne favorise aucune des deux options. Mais chaque joueur a le droit de choisir sa propre route. Aussi, il faut se le dire, le fait que nos joueurs soient parfaitement bilingues fait en sorte qu’ils soient davantage ciblés par les universités américaines », conclut Gerry Gomez.

Lorsqu’on les combine, tous ces facteurs rendent la recette de la région du Lac-Saint-Louis unique par rapport à ce qui se fait ailleurs au Québec. Le succès de ses hockeyeurs aussi.

Source : RADIO-CANADA Sports

https://ici.radio-canada.ca/sports/1752033/chronique-martin-leclerc-hockey-midgett-aaa-lions-lac-st-louis-formation-succes

Source: RADIO-CANADA Sports / 2020-11-24

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